Elle est la première femme présidente dans son pays. Joyce Banda, 52 ans, a pris les commandes du Malawi. Et est classée comme la troisième femme la plus puissante d'Afrique.

Joyce Banda n'est pas novice en politique. Elle a un temps été ministre des Femmes et de l'enfance, puis des Affaires étrangères. Il y a trois ans, elle devient vice-présidente. C'est le décès prématuré du président qui la porte au pouvoir.

La réputation de Joyce Banda n'est plus à faire. Fondatrice de l'Association nationale des femmes d'affaires du Malawi, cette mère de trois enfants est connue et reconnue pour être avant tout une militante des droits des femmes. Elle a également fondé sa propre fondation, qui oeuvre pour l’émancipation des femmes et l’égalité entre les sexes. Une partie des profits qu’elle réalise dans ses affaires, une grande entreprise textile puis une boulangerie, est reversée à la scolarisation des jeunes filles.

Mariée de force

Le destin d’une amie d’enfance, qui n’a jamais eu la chance de poursuivre ses études faute de moyens, est l’un de ses moteurs. "Le cercle vicieux de la pauvreté maintient (les femmes rurales) dans cette situation. J’ai décidé, que quoi qu'il arriverait dans ma vie, j’essayerais d’envoyer les filles à l’école."

A l'origine de son militantisme, il y a sans doute sa propre expérience du mariage, malheureuse. Mariée de force à 22 ans, et battue pendant dix. "J’ai décidé que ça ne m’arriverait plus jamais. J’ai fait un courageux pas en avant pour sortir de ce mariage, dans une société où ça n’est pas possible." Divorcée, sa première mesure lorsqu'elle arrive au gouvernement: faire adopter une loi sur les violences conjugales.

Si les femmes africaines peuvent compter sur Joyce Banda, Joce Banda compte sur elles. "Si j’échoue, j’aurai laissé tomber toutes les femmes de la région. Mais pour que je réussisse, elles doivent toutes se rallier autour de moi."

Vendeuse de beignets

Plutôt grande gueule, elle s'est illustrée à plusieurs reprises par de fortes prises de position, qui n'ont fait que renforcer sa popularité. Alors qu'elle est vice-présidente, elle est exclue du parti présidentiel pour s'être opposée au chef de l'Etat, qui décide alors de ne plus lui adresser la parole.

Joyce Banda incarne l'espoir, dans un pays classé parmi les plus pauvres du monde et en proie à un chômage de masse. Dès son arrivée au pouvoir, qui n'a pas été de tout repos - "Comment une vendeuse de beignets pourrait-elle devenir présidente ?" se moquait l'ancienne Première dame -elle montre immédiatement sa volonté de faire la différence avec son prédécesseur, accusé de dérives autocratiques et de placer ses proches aux postes clés. Un grand ménage est entamé, de hauts fonctionnaires sont démis de leurs fonctions. Un ménage qui lui vaut bien des inimitiés.

Ellen Johnson Sirleaf, son mentor à la tête du Liberia, est sa seule homologue féminine. D'ailleurs, elles ont toutes deux annoncé que la coopération entre les deux pays s’articulerait autour de la formation des femmes. "L’Afrique est en train de changer, et j’espère que vous savez que ce que nous faisons est mieux que dans beaucoup d’autres pays. L’Amérique se bat toujours pour mettre une femme à la Maison Blanche, alors que nous en avons deux. Les gens ne s’y attendaient pas, et nous l’avons fait."